Avec ses 247 habitants au cœur des Cévennes, la municipalité de Sénéchas a inauguré le 10 avril son nouveau point multiservice. « C’était l’un des projets phares du mandat précédent. C’est aussi une première en France avec des fermettes en pin maritime », a souligné le maire, René Meurtin, après avoir coupé le ruban tricolore, tout en partageant sa « joie d’accueillir sur la commune le premier commerce depuis bien longtemps ». Le bâtiment de 160 m2 abrite un restaurant et sa cuisine, ainsi qu’une épicerie de 30 m2 et un tiers-lieu de rencontres. Il incarne surtout une innovation majeure : une construction en circuit court, entièrement fondée sur l’utilisation du bois local.
La forêt d’Alès Agglomération valorisée
Car c’est là l’originalité du projet. Les fermettes, habituellement fabriquées avec du bois industriel importé, ont ici été réalisées en pin maritime issu de la commune, une première en France. Coupé dès mars 2025 par les agents municipaux, le bois a ensuite été séché et débité par la scierie Nogaret de Cendras, avant d’être assemblé par le charpentier de Sénéchas Emmanuel Oziol. Charpente en châtaignier, bardage et terrasse en pin douglas, isolation en laine de bois et ouate de cellulose : « Chaque étape a valorisé les ressources et savoir-faire du territoire », a insisté René Meurtin. Christophe Rivenq, président d’Alès Agglomération, a quant à lui décrit « une démarche qui s’inscrit pleinement dans la dynamique de la filière bois locale, soutenue depuis 2006 par Alès Agglomération et le Pays Cévennes, du Projet Alimentaire de Territoire et de la charte forestière mise en place en 2021 pour accompagner les propriétaires dans la gestion de leurs parcelles ».
Un impact économique direct
Le chantier, lancé à l’été 2025, s’est achevé pour un coût total de 337 545 € HT, soutenu par plusieurs partenaires publics (GAL, DETR, Région, Département, Alès Agglomération et Pays Cévennes). Au-delà de l’investissement, le projet illustre l’impact concret du choix du bois local : 91 % des dépenses liées aux ouvrages en bois ont été directement injectées dans l’économie du territoire, soit près de 100 000 €. À titre de comparaison, cette part serait tombée à 32 % avec du bois importé… Le bâtiment permet par ailleurs de stocker et éviter l’émission 87 tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles de 12 Français. « Un bel exemple pour inciter d’autres collectivités à inscrire le bois local dans la commande publique », a estimé Ghislaine Scheffer, pour les Communes et Collectivités forestières du Gard.
À la tête du lieu, Sabrina et Stefano, arrivés de Valflaunès (Hérault), ont fait le choix d’une nouvelle vie. « Nous voulons un endroit hybride, utile et vivant, où l’on peut acheter son beurre, boire un café, suivre un atelier ou simplement prendre le temps de souffler, expliquent les gérants. Nous aimerions aussi proposer, au fur et à mesure, un relais colis, un dépôt de pain, le portage de repas et des animations culturelles ».
