Pendant deux matinées de ce mois de septembre 2026, les élèves de 6e du collège Jean-Moulin ont quitté les sentiers habituels de la sensibilisation pour expérimenter concrètement différentes situations de handicap. Une initiative portée par l’équipe inter-SESSAD du bassin alésien, avec APF France Handicap, Artès Les Olivettes, le CROP, l’UNAPEI 30 et l’ITEP Alès-Cévennes, en lien avec l’équipe éducative de l’établissement.

L’objectif : faire tomber les idées reçues, interroger les représentations et surtout comprendre ce que peuvent vivre au quotidien des élèves en situation de handicap.

Répartis en demi-classes, les collégiens ont participé à une série d’ateliers. Avec Samantha et Sabrine, ils ont commencé par mettre des mots sur la différence, les préjugés et le handicap. Un quiz leur a ensuite permis de distinguer les réalités des idées reçues sur le trouble du spectre de l’autisme.
Puis est venu le temps de l’expérience ! Avec Audrey, du CROP, les élèves se sont confrontés aux difficultés liées à la dysphasie, lorsque les mots viennent difficilement. Avec Christine, ils ont tenté de déchiffrer un texte comme pourrait le faire un élève dyslexique. Myriam leur a proposé une autre mise en situation : construire une tour de Kapla avec des gants de boxe pour éprouver les difficultés liées à la dyspraxie… « Le fait de vivre de la difficulté motrice, cognitive ou relationnelle montre aux élèves la difficulté de rester concentré, mais aussi la frustration de ne pas y arriver, l’énervement parfois », souligne l’équipe du collège.
Des ateliers vidéo consacrés aux troubles “dys” et à l’autisme ont également nourri les échanges. Dans l’atelier sur la surdité, Isabelle et Léa ont initié les élèves à quelques signes de la Langue des Signes. Sur le temps méridien, fauteuil roulant et Cécifoot ont prolongé l’expérience.

« Ne plus voir uniquement ce que l’autre ne peut pas faire, mais comprendre ce dont il a besoin pour pouvoir participer »

Cette sensibilisation prend une résonance particulière dans un collège qui accueille chaque année davantage d’élèves à besoins éducatifs particuliers. Jean-Moulin dispose de deux classes ULIS, d’une SEGPA et d’une unité CROP. Certains élèves bénéficient de l’accompagnement d’une AESH, mais l’adaptation aux besoins de chacun reste un enjeu quotidien. « Mieux connaître leurs handicaps est une façon de mieux construire une adaptation, une compensation qui leur permettra d’accéder par leur propre chemin aux apprentissages. »

Pour les SESSAD, l’enjeu dépasse d’ailleurs la seule réussite scolaire. Les temps de récréation et de pause méridienne peuvent aussi être des moments d’isolement pour les jeunes accompagnés. « Les jeunes que nous accompagnons témoignent de sentiments d’isolement, d’incompréhension, de rejet, ils disent se sentir “à part parmi les autres”. Les jeunes en situation de handicap nécessitent un accompagnement adapté, mais ils ont les mêmes besoins de socialisation. »

En faisant vivre aux élèves, même brièvement, la difficulté, la frustration ou la nécessité de trouver une autre manière de faire, les professionnels ont voulu déplacer le regard : ne plus voir uniquement ce que l’autre ne peut pas faire, mais comprendre ce dont il a besoin pour pouvoir participer. Une démarche qui repose sur des valeurs simples, mais essentielles à la vie collective : « bienveillance, solidarité, entraide, coopération, empathie, égalité, équité et respect », rappelle l’équipe du collège.